Entretien avec FATIME TCHOMBI, Députée, Première Questeure de l’Assemblée Nationale

05 Mar 2020

“Une femme politique suscite beaucoup d’aprioris”

Au premières élections législatives, sur 188 sièges, 28 femmes ont été élus à l’Assemblée. Le président Idriss Deby Itno avait pourtant promis en 2007 que les tchadiens seraient représentées à hauteur de 30% dans les hautes instances de décision. Quelles sont vos observations sur ce retard ? correspond t il a un manque de candidature sur les listes électorales ou à une représentation contestée du genre féminin ?

Le retard constate dans la représentativité des Tchadiennes à hauteur de 30% dans les hautes instances de décision, comme l’avait promis le Président Idriss Deby Itno en 2007 et en différentes occasions, résulte , me semble-t-il, de deux facteurs principaux : d’une part, les femmes elles-mêmes n’ont pas suffisamment confiance en elle, d ou leur peur d’investir les formations politiques et s assumer en tant qu’acteurs dans ce domaine ; d’autre part les pesanteurs socioculturelles demeurent encore vivaces au Tchad.

Il ne s’agit donc pas à mon avis d’une représentativité contestée mais plutôt d’un manque d’incitation aux candidatures féminines ou encore de leur positionnement sur les listes électorales.

Quelles seraient selon vous les actions de communication susceptibles d’améliorer cette situation ?

Les actions de communication susceptibles d’améliorer cette situation demeurent incontestablement la sensibilisation de la population par les médias, ainsi que celle de tous les acteurs tels que les leaders politiques, les religieux et la société civile et surtout des femmes elles-mêmes, afin qu’elles prennent conscience du rôle qu’elles ont joué pour l’amélioration de leur statut juridique.

Vous avez été plusieurs fois ministre et, au sein de l’Assemblée, présidente de la commission santé, affaires sociales condition de la femme et des droits de l’enfant. A la lumière de cette riche expérience, comment analysez-vous l’évolution de la place de la femme au Tchad durant ces dernières décennies ?

Le processus démocratique amorce depuis 1990 a impacte positivement l’évolution de la femme tchadienne durant ces dernières décennies même si celle-ci est lente. Aujourd’hui, la prise de conscience de la nécessité de renforcer sa participation et son implication dans le développement du pays est réelle. Les statistiques sont là pour le prouver : les 28 femmes élues aux dernières élections législatives ne l’auraient pas été sans la volonté manifeste d’Idriss Deby Itno de faire évoluer notre pays dans ce sens. Or, pour que quelqu’un qui connait l’histoire politique du Tchad, ceci est une prouesse.

De deux femmes à la première législature, nous sommes passés à neuf à la deuxième puis a 28…

Bien que des progrès notables soient accomplis dans le domaine de la responsabilisation des femmes ainsi que dans des secteurs jadis diriges par des hommes, il fait noter que beaucoup reste à faire et que les femmes doivent continuer à donner le meilleur d’elles-mêmes pour s’affirmer et combattre les préjugés, tout en alliant travail et vie familiale.

En quoi, selon vous l’Assemblée Nationale a-t-elle pu jouer un rôle dans cette évolution et quelle peut être sa contribution pour plus d’égalité entre les genres ?

En ce qui concerne mon propre parti, le MPS, il n’était représenté à l’Assemblée Nationale par aucune femme lors de la première ; par neuf à la deuxième et par 24 actuellement. Cette représentativité de 30% est donc observée.

L’égalité entre les genres est un idéal auquel tout gouvernement aspire. D’ailleurs, notre loi fondamentale, en son article 12, est claire sur ce point. Compte tenu du retard accuse par le genre féminin, il faut relever en ce qui concerne la contribution de l’Assemblée nationale a cette évolution : la ratification d’instruments juridiques internationaux en faveur de la femme ; l’adoption de la déclaration de politique de l’intégration de la Femme au processus de Développement ; enfin, l’adoption de quelques lois de portée générale, telles que la loi portant Sante de la reproduction. Néanmoins, aucun texte spécifique, telle qu’une loi sur les quotas ou sur la parité n’a encore été vote.

Quel est rôle des débats interparlementaires dans ce domaine ? en quoi l’exemple d’autres pays peut-il servir au Tchad ?

Aujourd’hui, le rôle des débats interparlementaires dans ce domaine porte sur la nécessité que ces questions soient inscrites dans la Constitution, le Règlement Intérieur des Assemblées des pays ou l’adoption de lois spécifiques.

Le Tchad est membre de plusieurs institutions et réseaux interparlementaires qui accordent une place importante à la représentativité des femmes, tant sur le plan politique, économique que juridique et il prend part activement aux différentes rencontrent. De ce fait, les bonnes pratiques des autres pays comme le Rwanda, le Burkina Faso qui ont inscrit la parité ou le quota de 30% dans leur Constitution doivent nous servir d’exemples et de tremplin.

Pour conclure, je voudrais préciser que, de mon point de vue, le quota de 30% doit s’exprimer non seulement en termes de quantité, mais également de qualité et/ ou de compétence.

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