Entretien avec MOUSSA KADAM, député, premier vice-président de l’Assemblée Nationale

01 Mar 2020

“L’Assemblée est un creuset ou viennent se fondre diversités et sensibilités nationales”

Comment analysez-vous votre rôle de président du Groupe parlementaire du MPS, rôle que vous aviez précédemment assume ?

Être président du Groupe parlementaire majoritaire de l’envergure du MPS (124 sur 188 députés, soit près de 66% de l’effectif), ne constitue pas une mission de tout repos. Le président du groupe est quotidiennement et intensément sollicite. Il joue le rôle d’un vrai chef d’orchestre dans le cadre de l’organisation des activités des membres du Groupe, pour la défense et la consolidation du programme du Gouvernement qui est émanation du parti. En outre, il assure le relai entre les députés et la hiérarchie du parti.

Il importe de souligner que le président du Groupe parlementaire majoritaire est régulièrement consulte sur les questions sensibles inhérentes à la vie de la nation. Il est membre de droit de la conférence des présidents ; celle la même qui établit l’ordre du jour et qui prend des mesures d’ordre organisationnel. Le président du Groupe parlementaire MPS y pèse de tout son poids, puisqu’il dispose d’un nombre de voix égal au nombre des prérogatives dont il dispose, il convient de mentionner celles-ci, dans le déroulement de la procédure législative et dans la tenue de la séance publique :

  • Droit de suspension de séance ;
  • Droit de faire vérifier le quorum ;
  • Droit de demander le vote ou type de scrutin
  • Droit de gestion du temps de parole concédé au groupe ;
  • Enfin, il dispose d’une faculté tous azimuts d’intervention ;
  • Pour conclure, je dirais que la présidence du groupe parlementaire majoritaire peut paraitre comporter plus d’activités que la vice-présidence de l’Assemblée nationale.

En tant que membre du Bureau de l’Assemblée Nationale, quelles sont vos activités et responsabilités ?

Les fonctions dévolues aux vice-présidents sont celles définies par l’article 6, alinéa 1 du règlement intérieur de l’Assemblée Nationale, les vices présidents assurent l’intérim dans l’ordre de préséance. Conformément à l’article 112 de la constitution et de l’article 12, alinéa 9 du Règlement intérieur de l’Assemblée Nationale, seul le président de l’Assemblée nationale est élu pour la durée de la législature, les vices présidents et les autres membres du bureau sont élus pour une durée renouvelable.

Le premier vice-président, tout comme les autres, n’a pas de fonctions clairement définies par les textes en vigueur, sinon qu’il est en position d’intérimaire permanent. Néanmoins, pour répondre à votre question, autant sur la portée de mes nouvelles responsabilités que sur mes activités en tant que membre du bureau, je dirais que le poste de premier vice-président de l’assemblée nationale confère, dans l’esprit du citoyen lambda, plus de notoriété que la fonction de président de groupe parlementaire.

En effet, par une espèce de raccourci, la première vice-présidente est perçue comme le vice-président de l’Assemblée nationale. Il n’est pas, en outre, superflu de signaler que l’article 76 de la constitution en fait un intérimaire institutionnel.

Cependant, dans la pratique, les vices présidents ne chôment pas. Par des délégations particulières, chacun d’eux est charge, par le président de l’Assemblée Nationale, de taches précises :

  • Supervision de travaux de commission ;
  • Responsabilité sur un domaine particulier ;
  • Représentation aux activités publiques ….
  • En particulier, en ce qui me concerne, étant de la même sensibilité politique, je bénéficie d’une intime implication au travers de consultations quotidiennes et soutenues. Une oreille attentive est accordée à mes points de vue lors des prises de décision sensibles. Comme tel, je suis tenu au courant de toutes les situations engageant l’Assemblée Nationale et cela est un privilège.

Votre parcours politique vous a permis d’occuper différents postes importants au sein du Gouvernement. Pouvez-vous nous faire part de votre analyse sur l’évolution de la démocratie au Tchad depuis l’indépendance du pays ?

En ce qui concerne l’évolution de la démocratie au Tchad, nous nous rappellerons toujours la fièvre qui animait les différentes formations politiques de l’époque à la veille de l’indépendance de notre pays, bien que nous fussions alors très jeunes. C’est à dire que le Tchad a accédé à l’indépendance dans un contexte multipartiste.

Malheureusement cet embryon démocratique a été étouffe en 1963, par la dissolution de toutes les formations politiques par les partis au pouvoir d’alors, le PPT. Depuis lors, le Tchad a vécue pendant 27 ans dans le monopartisme, alterne avec des coups de forces militaires, avec leurs corollaires d’instabilité, de révoltes et de conflits armes. L’honnêteté, tant politique qu’intellectuelle, nous force à reconnaitre que l’avènement du MPS au pouvoir, le 1er décembre 1990, a été salutaire, non seulement pour les libertés fondamentales, mais aussi pour la réhabilitation de la démocratie confisquée par des régimes dictatoriaux qui se sont succèdes au Tchad de 1963 à 1990.

La déclaration de son Excellence Idriss Deby Itno, président de la République, le 4 décembre 1990, a servi de véritable base de la relance de la démocratie au Tchad. Au fil des années, le comportement démocratique n’a cessé de s’ancrer dans le vécu quotidien des Tchadiens.

Quel a été et quel pourrait être, à l’avenir, le rôle de l’Assemblée Nationale dans ses évolutions ?

Au regard de l’histoire tumultueuse du Tchad ou l’arbitraire était érigé en système de gouvernance, il est permis d’affirmer que notre Assemble Nationale, malgré sa jeunesse. A joue et continue de jouer le rôle de soupape régulant les actions de l’exécutif en vue de l’instauration d’un véritable Etat de droit. Élue au suffrage universel direct, elle  est, en tant que représentation nationale, le véritable symbole de l’unité nationale. En effet, l’Assemblée Nationale vote des lois d’intérêt général ; contrôle l’action gouvernementale et la mise en œuvre des politiques publiques ; néanmoins, notre  représentation nationale souffre d’un manque cruel de ressources, matérielles et surtout humaines, en quantité et en quantité. Le citoyen lambda doit comprendre qu’un député est avant tout un homme politique, mais pas du tout un technicien, moins encore un expert.

Or, on lui demande de légiférer sur des domaines extrêmement techniques. Force est de reconnaitre, aujourd’hui, que le droit se complexifie, avec l’élargissement des domaines droit humanitaire d’ingérence, responsabilité de protéger, individu, famille et environnement etc…, sans omettre la mondialisation et l’évolution fulgurante des technologies de l’information.

Toutes choses qui commandent au député d’être un homme averti, c’est à dire informe et forme. Donc, l’Assemblée Nationale compétente que tous nous souhaitons ne saurait s’abstenir sans députés compétents et sans hommes compétents autour de ceux-ci, dans les Commissions et dans l’appareil administratif.

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